de Thionville à Béning par les lignes 7.3 et 8

texte nicolas Husson, photos nicolas Husson et Stephane Chevallier
La CC14153 photographiée à Bouzonville, en tête d'un train de coke le 29 avril 1994. La série a disparue, mais ce type de train circule encore. (photo stéphane Chevallier)
 

Grande artère au début du XXème siècle, la ligne de Thionville à Béning et Saarbrück n' a pas connu l'essor qui lui avait été promis. Construite pour relier les ports de la mer du Nord à la Suisse, l'histoire de cette voie de chemin de fer débute dans les années 1855, alors que la ligne de Metz à Saarbrück par Rémilly et Forbach vient à peine d'être mise en service, et exploitée par la Compagnie de l'Est. Le projet, qui doit continuer sur Sarreguemines, est également soutenu côté alsacien par la puissante forge de Niederbronn, qui étudie de son côté une liaison entre Haguenau et Niederbronn, prolongée jusqu' à Sarreguemines. L'enjeu est grand puisque ce nouvel axe permettrait d'acheminer la houille à moindre frais (1). Déclarée d'utilité publique le 14 juin 1861, les travaux débutent dès l'année suivante. La section Carling-Sarreguemines est terminée en premier dès le 15 novembre 1865, la mise en service intervenant le 16 décembre de la même année. Le tracé est encore en discution du côté de Bitche, tout comme sur la section lorraine de Thionville à Carling, les industriels de la région cherchant chacun à bénéficier du chemin de fer pour leur développement. Le conflit de 1870 arrive et le tracé n'est toujours pas défini. La priorité du Reich étant de consolider les lignes stratégiques, Thionville-Béning tombe aux oubliettes, malgré les nombreuses requêtes des villes comme Bouzonville. En attendant les pourparlers, le tronçon Carlin-Téterchen est réalisé, et mis en service le 01 mai 1882. La houille peut alors arriver plus facilement par la ligne de Courcelles-sur-Nied (2). De nombreux concessionnaires de mines s'associent, dont De Wendel, pour financer en partie le chaînon manquant de Thionville à Téterchen, en négociant avec l'E.L . La voie ( unique au départ ) entrera en service quelques années après, d'abord entre Kédange et Téterchen le 01 avril 1883 suivit de Thionville-Kédange deux mois après. Le trafic marchandises devient vite important et la simple voie ne suffit plus. Elle sera doublée dans les années 1890, tandis qu'entre Téterchen et Hargarten, un deuxième tunnel est percé pour séparer les lignes venant de Thionville ( 7.3 ) et de Boulay ( 8.0 )

La BB 25117 traverse la gare de Kédange avec un train de Fret en direction de Thionville. 13/05/2000 ( photo stéphane Chevallier )
La gare de kédange en avril 2004. Même si plus personne n'y travaille, les installations peuvent être utilisées si besoin ( photo nicolas Husson )
Alors que le BV de Hombourg-budange reste utilisée touristiquement, la gare de Freistroff est devenue maison d'habitation, alors rachetée par des particuliers, très bien rénovée et mise en valeur. 24/04/2004 ( photos nicolas Husson )

Le style des gares varie lorsque l'on parcoure la ligne de Thionville à Béning. L'architecture germanique a abondament marqué les gares d'Alsace-Lorraine, suivant plusieurs type comme le style "donjon" ou bien le style "villa". Outre les grand bâtiments de Thionville, Bouzonville, Téterchen et Creutzwald, le style "donjon" s'applique également aux gares de taille plus modeste comme Freistroff, Kédange ou bien Metzervisse. Peu de représentantes du style "villa" avec un porche cintré ont été construites, mais celle de Distroff batie en 1893 reste dans un état tout à fait honorable. Les gares de Kédange et Kuntzig sont quant à elles d'un style plus classique, la petite halle venant s'appuyer contre un pignon. Si certaines restent encore en activité ( Thionville, Bouzonville...), d'autres ont été vendues à des particuliers. On remarque alors que ces bâtiments ont retrouvés une seconde vie, magnifiquement restaurés, et gardant leur caractère imposant des gares du réseau de l'Elsass Lothringen.

Le TER 833817 Thionville-Bouzonville marque l'arrêt en gare de Distroff de type "villa". 24/04/2004 ( photo nicolas Husson )
De gauche à droite, les gares de Kuntzig, Bouzonville et Téterchen, dernièrement rachetée par des allemands. 24/04/2004 ( photos nicolas Husson )
De gauche à droite, les gares de Hargarten-Falk, Creutzwald et les verstiges des raccordements de la ligne de Hargarten vers Ueberherrn

La première guerre mondiale stoppe la mise à double voie de la section Sarreguemines-Niederbronn, simplement motivée par l'armée. Ce tronçon, ouvert au trafic dès le 08 décembre 1869, restera à voie unique. A l'après-guerre, l'industrie reprend et la ligne Thionville-Sarreguemines voit transiter de nombreux trains, la plupart sortant directement des mines de charbon. Le trafic voyageurs n'est pas très important, réduit à son minimum pour les trajets des ouvriers. L'arrivée de l'électrification sur cette ligne accidentée, entre février et juillet 1956, va dopper les tonnages de cette artère, c'est alors que les CC 14100 débarquent en tête des lourds trains de charbon, coke et minerai qui ont fait la richesse de la région. A l'ouest de Béning, le prolongement de l'électrification en 25000 V est étudié vers Sarreguemines dans les années 60, mais le projet n'ira pas plus loin que sur le papier. Dans les années 1970, la crise s'installe, et dès le 05 juillet 1971, les omnibus Béning-Hargarten sont transférés sur route, tandis que les gares entre Sarreguemines et Béning sont fermées. L'axe Thionville-béning, permettant d'éviter le noeud messin, continue de drainer le trafic marchandises entre les pays sarrois et lorrains, mais subit de plein fouet le déclin des industriels. Aujourd'hui, les sites de Bouzonville, Creutzwald et Freyming alimentent le trafic marchandises de la ligne, alors que les échanges entre Woippy et Mannheim se sont intensifiés, transitant soit par Bouzonville, soit par Rémilly. Mais le profil de la ligne et la vitesse limitée à 70 et 80km/h handicapent fortement son développement. Entre Béning et Sarreguemines, seule la desserte de cette dernière gare est encore en activité, avec les trains complets de voitures SMART sortant de l'usine d'Hambach et transitant via Sarralbe et Kalhausen. Les trains de voyageurs ne se bousculent pas non plus, alors que la section Bitche-Niederbronn a été fermée le 04 novembre 1996. Deux aller-retours sur rail entre Thionville et Bouzonville rythment les va-et-vient des voyageurs sur la section Ouest de la ligne, accompagnés par des rotations sur route. L'arrivée en décembre 2003 des récentes BR 185, concentrées sur le trafic internationnal, va peut être redonner une place première à la ligne Thionville-Béning.

Non loin de Kédange, la BB 25152 assure un MA 100 de Woippy à Forbach. 29/04/1994 ( photo stéphane Chevallier )
Dix ans plus tard, les mêmes engins fréquentent encore la ligne, comme ici à Eberswiller avec la BB 425122 assurant le train 43180 Creutzwald-Woippy. 24/04/2004 ( photo nicolas Husson )
La BR 185 027-0 débouche du tunnel de Téterchen avec son train 48230 Saarbruck-Thionville, alors que le souterrain à droite n'est plus utilisé depuis la fermeture de la section Boulay-Téterchen en juin 1986. Cette UM composée des BB 461007 et 461005 quitte Bouzonville en direction de Thionville, en charge du train 44442, surpris à Freistroff. 24/04/2004 ( photos nicolas Husson )
 

(1) le projet Thionville-Bouzonville-Teterchen-Béning-Sarguemines-Niederbronn était en concurrence avec 25 autres, mais également avec le canal des houillères. Ce dernier sera construit en même temps que la ligne.

(2) la ligne de Courcelles-sur-Nied à Téterchen fut ouverte en 2 étapes, Courcelles-Boulay le 15 juin 1873 et Boulay-Téterchen le 15 octobre 1876, exploitée par la compagnie de l'Elsass Lothringen

 

bibliographie :

Les gares d'Alsace Lorriane ( L. Baudoin ), Le chemin de fer en Lorraine ( A. Schontz-A. Felten-M. Gourlot ), L'Alsace du Nord et son Chemin de Fer ( Société d'Histoire et d'Archéologie du Ried Nord ), l'Encylopédie des Chemins de Fer d'Alsace-lorraine ( J. Buchmann, JM Dupuis ) , Chaix 1974 Région Est

 

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FERROVI-EST © - 01.05.2003