Un tramway de la Compagnie Baselland-Transport (BLT) traverse la campagne sundgauvienne. Dès sa sortie de l'agglomération bâloise, la ligne 10 Dornach - Rodersdorf se faufile à travers prés et champs, en faisant un crochet par Leymen, en France. Vue prise entre Leymen et Rodersdorf, près de la frontière franco-suisse, 25/06/2004

Texte et photos: Stéphane Chevallier

 
Alors que le chantier du tram-train de Mulhouse voit arriver ses premiers coupons de rails, le village français de Leymen, près de la frontière suisse, est desservi depuis 1910 par les tramways de Bâle. voir le site du BLT
 

Depuis près d'un siècle, un tramway sillonne la campagne aux alentours de Bâle (Suisse), et fait même un crochet en France, en desservant le village frontalier de Leymen, dans le Sundgau Alsacien.
Exploitée par la compagnie des Transports de Bâle-Campagne (BLT), les lignes 10, 11 et 17 du réseau de transports de l'agglomération bâloise assurent la desserte de la banlieue rurale de la cité rhénane.
La ville de Bâle est irriguée par 11 lignes de tramways, complétées par de nombreuses lignes d'autobus et de trolleybus.
Le Rhin séparant la ville en deux grosses moitiés, celles-ci sont reliées entre elles par plusieurs ponts, ainsi que par des bacs (les " Fähre ").
Enfin, Bâle est la plaque tournante des transports internationaux, avec les gares CFF et DB qui proposent des trains directs pour la France, l'Allemagne, l'Autriche, l'Italie sans oublier une multitude de relations régionales desservant finement toute la région.

Ci-dessus, une Be 4/8 de la BLT est vue au terminus de la ligne 17. Cette ligne 17 assure des services suburbains aux heures de pointe du matin et de l'après-midi (Bâle, aout 1998), et ci-dessous, Une rame double passe devant le dépôt de Dreispitz. ce tram se dirige vers Rodersdorf. Bâle, aout 1998.
 

Avant d'être desservie par un tramway moderne, la ligne de Bâle à Rodersdorf était un chemin de fer secondaire, comme on en rencontre tant en Suisse.
C'est en 1886 que l'on commence à se préoccuper d'une desserte ferroviaire de la vallée de la Birsig. Les discussions aboutissent rapidement, et un premier tronçon de voie métrique reliant Bâle à Therwill (6,58 km) est ouvert à l'exploitation en octobre 1887. A cette époque, les trains sont remorqués par des machines à vapeur de construction helvétique.
Moins d'un an plus tard, la ligne est prolongée et atteint Flüh (km 12,26), à la limite de la Suisse et de la France, au pied de la colline sur laquelle est édifiée le château du Landskron.
Bien sur, on parle d'un prolongement de la ligne vers Rodersdorf, en desservant au passage le village français de Leymen. Mais on parle aussi d'électrifier la ligne existante, ce qui sera chose faite en 1905.
Quatre années plus tard, les travaux de prolongation de Flüh à Rodersdorf via Leymen sont entrepris, et la Birsigtalbahn devient une ligne internationale le 1er mai 1910. De Bâle à Rodersdorf, 16,07 km de voie métrique desservent la vallée de la Birsig, et pas moins de 13 localités de deux pays !
1914 arrive, et les autorités militaires font fermer la frontière, entraînant de facto la suspension du trafic international. Rodersdorf se retrouve isolée jusqu'en mars 1915, date de la reprise de l'exploitation.

Ci-contre à droite, c'est une double rame (Be 4/8 + Be 4/6) qui passe près de la gare CFF de Bâle, et se dirige vers Rodersdorf - Aout 2001

Ci-dessus à gauche, une rame double marque l'arrêt en gare de Leymen. La vitesse est limitée à 20 km/h sur les aiguilles. 25 juin 2004. A droite, toujours la ligne 10, avec un train en plein centre de Bâle - Aout 1998
 

La vie suit son cours, paisiblement, et les trains électriques sillonnent la vallée de la Birsig, rendant de fiers services à ses habitants, des deux côtés de la frontière.
Mais la guerre de 1939 vient à nouveau interrompre à plusieurs reprises l'existence de cette liaison internationale. Il faudra attendre la fin de la guerre pour que le trafic reprenne véritablement, avec quelques allers-retours quotidiens.
Petit à petit, la voie et le matériel sont modernisés. Des véhicules prêtés par d'autres compagnies viendront sur la Birsigtalbahn en renfort. Mais les automotrices du début de l'électrification approchent de la soixantaine, et il est temps de songer à leur remplacement.
C'est en fin d'année 1965 que du matériel moderne arrive sur la ligne. Constitué d'automotrices et de remorques, pouvant fonctionner en réversibilité, ce nouveau matériel permettra une exploitation plus aisée de la ligne.
Dans les années 70 et 80, le tracé est repris afin de se séparer de la route. Tantôt à voie unique, tantôt à double voie, la ligne est presque intégralement établie en site propre dès la sortie de Bâle.

Ci-contre à droite, la voie à la traversée de Leymen. Caténaire inclinée et signalisation suisse, mais nous sommes en France ! - Leymen, 25 juin 2004

Ci-dessus à gauche, le charmant BV de Leymen, qui fait aussi office de bureau des Douanes françaises. 25 juin 2004. A droite, cohabitation du distributeur suisse de billets et de la boite-aux-lettres de La Poste française. Leymen, 25 juin 2004

28 septembre 1984 : la révolution ! Le chemin de fer secondaire va se transformer, en quelques heures, en tramway moderne L'exploitation ferroviaire est interrompue, remplacée par des cars, et les travaux (voie, abaissement de la tension caténaire de 750 à 600 volts, signalisation, ...) débutent. Tout doit être terminé dans la nuit .Après les essais, la mise en service du Tramway est effective aux premières heures de ce 29 septembre 1984. Dès lors, les automotrices articulées Schindler jaunes et rouges prennent le relais des compositions bleues de 1965. Ces automotrices modernes sont unidirectionnelles (des boucles de retournement étant prévues à chaque terminus, ainsi qu'aux principales stations de la ligne), et sont quasiment identiques à celles circulant pour le compte des tramways urbains de Bâle (BVB) et permettent donc une compatibilité totale avec ce réseau. On pourrait presque dire que ce 29 septembre 1984 a vu la naissance du premier tram-train !
Depuis 1984, grâce à une volonté constante d'offrir un service de haute qualité, les automotrices suisses de la BLT (Baselland Transport AG) relient Dornach à Rodersdorf, via Bâle et Leymen, pour la plus grande satisfaction des nombreux riverains de cette charmante ligne campagnarde.
Toute la ligne (qui est à voie unique sur quelques kilomètres) est gérée depuis un poste de commandement, ce qui permet une exploitation très souple.


En 2004, Leymen est desservie en moyenne toutes les 20 minutes, de 5h à 1h, par les tramways jaunes et rouges.

Ci-dessus, départ de Leymen pour retourner vers la Suisse. Ces automotrices sont équipées d'une cloche pour la circulation urbaine, et d'un vrai sifflet ferroviaire pour la circulation rurale! Leymen, 24 juin 2004
 
Si vos pas vous conduisent aux confins de la Suisse et de la France, vous serez enchantés par ce tramay rural qui a tout d'un grand chemin de fer moderne !!
 
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